#3 : Bouffe et Petites Bêtes

Plume 4 mai, 2008 • Plume! - le Journal
Mise en Bouche
 
 
Perspectives
 
 
Nomos contre Logos
 
 
 
 
Remerciements
 
Toute l’équipe de Plume fait des bisous à :
 
Association OIKOS.
Michael Blum, Frank Cézilly, Eric Imbert, Jean-Frédéric Terral, Denis Bourguet, Hervé This, Stéphane Pétrimaux.
 
Et toi, toi qui tiens dans tes petites mains une bonne rasade d’espoir…
  
 
Mise en Bouche
 
Un brin de tendresse
Le baiser ! De celui de nos grands-parents à celui de nos amours, le baiser est universel. Au-delà de toute la symbolique et du plaisir qu’il procure, le baiser est avant tout un échange de fluides. Et quel échange ! Sous l’action de 12 muscles pour un baiser sur la joue et 34 pour une bonne pelle, nous échangeons en moyenne 9mg d’eau, 40.000 micro-organismes, 0,7g d’albumine, 0,45mg de sel, 0,71mg de graisses…
Un simple baiser peut provoquer chez l’un des partenaires une allergie plus ou moins grave (arachide, antibiotique…). La ‘maladie du baiser’, à mettre à l’actif d’un virus (EBV : virus d’Epstein-Barr), est responsable de la mononucléose infectieuse. Mais l’échange de fluide est parfois vital, com­me la transmission des bactéries digestives de la vache à son veau. Au final, le baiser doit être consommé sans modération mais attention : ne laissez pas votre langue traîner partout.
Méric
La bactérie survivor
La bactérie Deinococcus radiodurans est capable de résister à des doses de radiations ionisantes 100 fois supérieures aux doses mortelles pour une bactérie ‘normale’ comme Escherichia coli. Même si son génome est fragmenté en milliers de morceaux, elle est capable de le réparer sans erreurs. Sa botte secrète : un génome présent en au moins deux copies, voire six à huit par individu, et des réassemblages grâce aux séquences complémentaires. «Un peu comme si on avait les séquences ABCD et CDEF pour reformer ABCDEF», explique Miroslav Radman dans une interview donnée dans Le Monde.
Ce formidable pouvoir de réparation serait apparu comme un mécanisme de résistance à la dessication et existe chez d’autres groupes de bactéries extrémophiles soumises à des périodes de sécheresses, comme celles vivant dans le désert.
 

Zahradka ; Lovett, 2006. Nature, vol. ,443.

Le Monde, 30 sept. 2006.
Léa
 
Pagaille en sous-sol
2millions de vers de terre, et 5millions d’autres vers, 1million de gastéropodes (escargots), 3millions de myriapodes (bestioles avec plein de pattes), 45millions de collemboles et acariens (toutes toutes petites bêtes), 2,5millions de mouches en tout genre, 5millions d’araignées et de cloportes…voici l’inventaire du nombre d’individus par hectare dans une forêt européenne !
La biomasse de vers de terre dépasse même dans les zones surpeuplées d’Europe, celle des hommes, avec de 600 kilogrammes par hectare en moyenne, avec des pics à 2800 kilogrammes par hectare (ce qui équivaut respectivement à 850 et 4000 personnes de 70 kilogrammes par kilomètre carré !). Les lombrics ingèrent un mélange de fragments de litière et de terre.
Continuons dans la folie : 50.000 lombrics par hectare ingèrent chaque année 2,5 tonnes de feuilles mortes mélangées à 25 tonnes de terre et produisent 42 tonnes par an de déjections.
Le premier demi-mètre de sol est ainsi entièrement digéré par les lombrics qui passent leur temps à labourer, car ils se nourrissent de matière morte, très éparse dans le sol.
Des bactéries vivant dans le tube digestif des vers de terre (c’est pas une blague), participent à l’humification du sol. L’humification est la dernière phase de la fabrication d’un sol accueillant à partir d’un caillou initial. Elle consiste en l’incorporation de matériaux organiques, le carburant du vivant, après fragmentation physique suivie de processus complexes et un peu obscurs : oxydations, réductions, hydratations, hydrolyses… bref des processus chimiques.
Cerise sur le gâteau : les sécrétions muqueuses des vers de terre sont indispensables à des bactéries fixatrices d’azote (composant prédominant de l’atmosphère et de tout le vivant, que seules les bactéries peuvent introduire dans les écosystèmes… les engrais verts [luzerne et autres légumineuses] sont une appellation en partie fausse, car c’est en réalité des bactéries hébergées au niveau de nodules souterrains qui leur fournissent l’azote contre des produits de photosynthèse).
Les lombrics sont à ce point importants qu’il existe une excellente corrélation entre leur nombre et la fertilité des sols et la plupart des pesticides actuels sont hyper-toxiques pour les lombrics.
Vous avez dit droit dans le mur ?
 
Bornebush et Russel, 1980. Duvigneaud.
F. Ramade, 2003. Eléments d’Ecologie- Ecologie Fondamentale. Dunod.
Vincent
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De la Science, oui mais d’la Plume!
Le bon, la bête et le parasite
 
Le rôle des associations entre les organismes a longtemps été considéré comme marginal en biologie évolutive. Or depuis quelques dizaines d’années ce rôle, dès lors que l’association s’établit dans la durée, n’a eu de cesse de s’imposer comme force majeure de l’évolution. Gros plan sur ces bestioles tire au flanc, mais ô combien élégantes dans cet art.
 
Le parasitisme est une association durable impliquant une espèce, le parasite, exploitant une autre espèce, l’hôte, pour laquelle le parasite est coûteux. L’hôte représente l’environnement du parasite, son garde-manger, son véhicule et parfois bien plus encore. Plusieurs espèces d’hôtes peuvent être successivement exploitées au cours du développement du parasite, mais la séquence d’hôtes obligatoires la plus simple comprend un seul type d’hôte. Chez l’ascaride, Ascaris lumbricoides le cycle comprend une seule espèce :l’homme, avec un seul événement de transmission (de l’homme à l’homme). Ils sont bien connus pour provoquer des auto-contaminations (notamment chez les enfants), un peu comme pour le virus de la toux. Un parasite peut aussi avoir un cycle complexe où il doit passer par plusieurs espèces d’hôtes pour se reproduire. C’est par exemple le cas de la douve de l’oeil (Diplostomum sp.), un parasite intestinal du goéland argenté : les oeufs de ce parasite sont relargués avec les fientes du goéland et éclosent dans l’eau pour donner des larves nageuses. Ces larves vont parasiter un petit mollusque pour atteindre un nouveau stade larvaire appelé cercaire. Ces cercaires vont ensuite parasiter un poisson en traversant sa peau puis en s’introduisant dans sa circulation sanguine et gagner le cristallin de l’oeil du poisson, sorte de no man’s land immunitaire où il est à l’abri. Il s’y transformera en métacercaire ou douve de l’oeil dont la présence entraîne une cataracte sévère et parfois la cécité de l’animal. Le poisson ainsi handicapé ne perçoit plus la présence du goéland qui en profite pour l’attraper. Le parasite y devient adulte et se reproduit : et la boucle est bouclée !
 
En route vers la Coévolution
Une question saute aux yeux lorsque l’on examine le système hôte-parasite sous un angle évolutif : Pourquoi la sélection naturelle n’a-t-elle pas favorisée les espèces hôtes présentant des mécanismes d’élimination efficaces contre ces ‘squatteurs’ en tous genres ? C’est en fait le cas mais,… les interactions qui s’établissent entre un hôte et un parasite peuvent être assimilées à une course aux armements : comme dans un conflit qui oppose deux pays, l’hôte ‘invente’ de nouvelles armes pour éviter ou se débarrasser de ses parasites et ces derniers répondent par d’autres armes qui surpassent les premières. Biologiquement, les armements se traduisent entre autres par des stratégies de détection et d’élimination via le système immunitaire chez l’hôte alors qu’il s’agit de stratégies de camouflage et de dissimulation chez le parasite. Pour certains, cette course est sans fin, d’autres considèrent qu’un équilibre peut rapidement être atteint. Cette ‘interaction durable’ (sur de nombreuses générations) est qualifiée de coévolution.
 
 
 
Des parasites manipulateurs… un suicide programmé
Les cycles des parasites sont souvent complexes (plusieurs hôtes). Comme dans le cas du goéland, il n’est pas rare de constater une véritable manipulation de l’hôte, qui a pour but de faciliter la transmission du parasite. Les parasites les plus efficaces à manipuler sont aussi ceux qui se transmettent le mieux et qui laissent donc en général le plus de descendants. A ce petit jeu, certains poussent le vice jusqu’à manipuler le comportement de leurs hôtes. ‘L’attraction fatale’ du rat pour son prédateur naturel, le chat, en est un bon exemple. Ce comportement suicidaire est en fait le résultat d’une manipulation du système nerveux du rat par le parasite Toxoplasma qui devient adulte une fois introduit dans son hôte félin et ainsi accomplit son cycle.
 
Les parasites dans les écosystèmes
Les parasites ont longtemps été considérés en biologie comme des ‘curiosités de la nature’. Aujourd’hui, cependant, des études de plus en plus nombreuses mettent en lumière leur rôle prépondérant dans le fonctionnement des écosystèmes. François Renaud (laboratoire de parasitologie comparée, CNRS-Université Montpellier II) propose même de considérer les parasites comme des ‘ingénieurs des écosystèmes’, qualificatif attribué classiquement à des espèces telle que le castor ou la termite qui ont une action physique visible sur l’environnement. En fait, l’action des parasites est moins visible mais tout aussi fondamentale.
Leur importance du point de vue de la biomasse est aussi révélatrice. Même si leur présence n’est que très peu visible (rare sont ceux que l’on peut observer à l’oeil nu), les parasites peuvent représenter jusqu’à la moitié de la biodiversité d’un écosystème ! Finalement, il n’existe pas d’organisme qui ne soit pas concerné par le parasitisme, soit en tant qu’hôte, soit en tant que parasite.
 
Les parasites n’ont pas fini de nous surprendre …
Pour aller plus loin…
C. Combes, 2001. L’Art d’être Parasite : Les associations du vivant, Flammarion.
C. Combes, 2001. Interactions durables : Ecologie et évolution du parasitisme, Dunod.
 
Romain & Nicolas Kaldonski
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Mabrouck n’a qu’a bien se tenir
Nos amis les insectes
 
Qui n’a jamais dégainé une bombe insecticide nous jette le premier pavé ! Ces bestioles à pattes ne servent pas que de défouloir pour la ménagère. Méconnus, ils sont pourtant des acteurs centraux du fonctionnement des écosystèmes et nourrissent la passion de milliers d’entomologues, les spécialistes des insectes, capables d’en reconnaître et d’en nommer des milliers…
 
Un insecte est un animal à six pattes (pas d’araignées, ni de scorpions donc…), un corps en trois parties (pas de tiques qui n’en ont que deux) et possèdent souvent deux paires d’ailes. Leurs pièces buccales sont variables et comme ailleurs adaptées à leur mode de vie : par exemple, un insecte suceur sera muni d’une trompe, d’autres, à l’alimentation solide, auront plutôt des pièces broyeuses…
La vie d’insectes est bourrée d’embûches. Un oeuf donnera une larve qui après plusieurs transformations successives, donnera un adulte ou imago… c’est la métamorphose.
 
Et ces trucs avec des pattes ça sert à quoi ?
Tout ce qui meurt retourne à la terre. C’est le principe du compostage en vogue chez les bobos et les vrais écolos. Mais comment s’établit ce processus ? Une multitude de petites bêtes sont là pour décomposer les végétaux, les animaux morts, les excréments, avec l’aide des champignons, des bactéries, etc… Pour les insectes, bousiers, cétoines et mouches contribuent conjointement à rendre aux écosystèmes les substances qui nous composent. Si les termites et les capricornes ne sont pas les bienvenus chez vous, ils ont leur utilité en forêt : ils dégradent les arbres morts et tuent les sujets malades afin (pour être un peu finalistes) de laisser la place au jeunes robustes.
 
Insectes associés
Si la vision d’une larve blanchâtre peut sembler peu ragoûtante, il faut imaginer la rutilante bébête qu’elle deviendra…. Certains insectes sans être spécifiquement décomposeurs, vivent ou créent des abris sous terre, leurs galeries permettent d’aérer la terre et de changer la structure du sol. N’oublions pas les lombrics, qui produisent 600 kilogrammes d’excréments fragmentés, par hectare et par an (cf Pagaille en sous-sol, p.3). Cette action de brassage, au rôle écologique majeur va favoriser l’action de bactéries pour boucler la boucle. Autre rôle majeur: la pollinisation. Les abeilles triment dur dans leur courte vie d’entremetteuses végétales pour polliniser des milliers de plantes par jour, la belle saison venue. Sans elles et sans d’autres insectes, pas de fruits gorgés de soleil. Les fourmis elles, trimballent les graines et la dissémination de certaines espèces végétales ne pourrait se faire efficacement sans elles.
 
La puce à l’oreille
Même chez les insectes, la raison du plus fort est toujours la meilleure. Les agriculteurs biologiques utilisent les coccinelles, les perce-oreilles et les larves de chrysope contre les pucerons, les carabes enlèvent un tas de chenilles et de limaces, les mantes religieuses qui n’ont rien de catholique s’occupent du reste…
Les adeptes de l’agriculture bio l’ont bien compris -et d’autres avant eux- : la nature ‘sait’ se réguler elle-même et une prolifération de ‘ravageurs’ est souvent due à un déséquilibre, au manque ou à la diminution des agents régulateurs. Certains insectes peuvent permettre, par leur présence, de déterminer si un milieu est en bon état, ce sont des bio-indicateurs. Les pique-prunes, les rosalies, peuvent permettre de cartographier les zones où la biodiversité a été mise à mal par l’emploi de divers produits insecticides, produits vétérinaires et autres activités humaines…
Les insectes servent de nourriture à d’autres insectes, mais aussi aux hérissons, aux chauves-souris, aux oiseaux…
 
Votre bombe insecticide ne vous brûle-t-elle pas les mains ?
 
Pour aller plus loin…
F. Ramade, 2003. Eléments d’Ecologie- Ecologie Fondamentale. Dunod.
 
Marion
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File moi ta pantoufle
Le Moustique, star du show-bzzzz
 
Rappelez-vous cette douce nuit d’été en août dernier… Vous étiez tranquillement installé à la plage tendrement enlacé(e) avec votre chéri(e). Soudain, un bruit… Bzz… Encore emboîtés, vous ouvrez un oeil… Qu’est-ce donc ?… Bzzz… Portrait-robot et circonstances atténuantes du moustique zélé.
 
Les moustiques, cousins relativement proches de nos mouches domestiques, comptent trois genres majeurs, et sont apparus au Jurassique, il y a 170 millions d’années.
Le moustique est à la base de nombreuses chaînes alimentaires, tant à l’état larvaire, où il est la proie de nombreux poissons, insectes et oiseaux aquatiques, qu’à l’état adulte, où il fait l’ordinaire de nombreux oiseaux, araignées et chauve-souris (par exemple, l’écosystème de la Camargue repose fortement sur les nombreux moustiques qu’on y trouvent).
Il est également un acteur écologique indispensable pour les nombreuses fleurs dont il est permet la pollinisation.
 
Libérez les hommes !
Amies féministes, chez ces espèces, les rôles sont inversés : monsieur est un poète, vaquant sous le soleil et butinant le nectar des fleurs; madame en revanche est un prédateur sanguinaire, traquant continuellement le sang chaud (Pansa) pour assurer la formation des oeufs.
Outre le bruit désagréable, la piqûre douloureuse et les démangeaisons qui s’ensuivent, de nombreux parasites profitent de la seringue naturelle pour continuer leur cycle de vie dans notre corps. Le VIH ne fait pas partie des maladies transmissibles mais la malaria, la maladie parasitaire la plus fréquente dans le monde, est transmise par les moustiques.
Inutile de préciser que les pays touchés sont ceux « en voie de développement», par définition sans les moyens sanitaires et économiques des occidentaux n’y venant en grande majorité que pour claquer des ronds en vacances…
 
Mais que fait la police ?
Les traitements antimoustiques visant à limiter les populations de vecteurs, et donc à lutter contre les maladies ainsi véhiculées, ont commencé au cours du XXème siècle avec l’utilisation du DDT.
1943-1944: l’armée américaine utilise le DDT pour enrayer une épidémie de typhus à Naples. 1945: l’Agence Internationale pour le Développement (AID) lance un programme d’éradication du paludisme avec le DDT dans 48 pays. Les résultats sont spectaculaires: l’épidémie est enrayée en Grèce en une seule année, l’Inde passe de 75 millions de cas de paludisme à 50000 en quinze ans.
Dans la même période, le DDT abusivement utilisé en agriculture a attiré l’attention des biologistes ont tiré la sonnette d’alarme. La toxicité du DDT est à imputer à sa bioaccumulation le long des chaînes alimentaires (cf. p.12, Bioaccumulation)
En conséquence, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) a abandonné en 1963 son programme d’éradication du paludisme et la France et les Etats-Unis ont interdit son utilisation en 1972, mais son utilisation dans les pays tropicaux est de nouveau au coeur de l’actualité.
D’autres produits ont donc été développés afin de faire face à la menace représentée par le moustique (le plus souvent dans les zones touristiques…).
 
Le moustique entre en résistance
Ainsi la région montpelliéraine a été pratiquement débarrassée de ses moustiques grâce à l’utilisation, à partir de 1969, d’organophosphorés (OP)… et en 1972, les premières formes résistantes étaient détectées.
Comme à l’accoutumée on a augmenté et augmenté la dose et les moustiques résistants ont proliféré…
Le cadre de la résistance constitue un exemple parfait de sélection naturelle étudié en Languedoc. Les chercheurs du cru ont percé à jour deux mécanismes de résistance des moustiques aux OP.
Le premier mécanisme recours à des enzymes généralistes, chargées de la défense à l’encontre de tout composé étranger à l’insecte, sont les estérases. Chez les moustiques résistants, ces enzymes sont surproduites, soit par dérégulation du système de production, soit par augmentation du nombre de copies des gènes codant pour ces enzymes.
L’autre mécanisme est une modification de la cible des insecticides (l’acétylcholinestérase) grâce à une unique mutation.
 
Un peu d’évolution
Ces résistances ont cependant un coût : imaginez-vous courir avec une armure après le partenaire convoité ! Aucune chance de les attraper avant vos concurrents plus légèrement montés… Excepté dans le cas où la présence d’insecticide élimine vos concurrents en vous laissant seul en lice !
Il s’établit donc un équilibre entre une zone traitée riche en résistants et une zone non-traitée où ils disparaissent du fait de la compétition. Cependant, au cours du temps, on voit cet équilibre se déplacer et les résistants être de plus en plus nombreux… car émergent des résistances moins coûteuses (des armures aussi résistantes mais moins lourdes).
Récemment sont apparus des moustiques portant l’acétylcholinestérase mutée mais avec beaucoup moins d’effets secondaires ! Le mécanisme évolutif sous-jacent réside dans un phénomène appelé duplication, qui permet de multiplier le nombre de copies d’un même gène. Une étude récente a permis de montrer que cette duplication permettait au moustique d’être résistant sans subir l’intégralité des coûts associés à la mutation. Cette duplication est apparue plusieurs fois indépendamment, avec des résultats plus ou moins heureux pour le moustique (ce qui nous rappelle que la sélection naturelle est avant tout un phénomène contingent et non une puissance surnaturelle…).
 
Mais alors, que faire ?
Avec 13 générations par an et 200 oeufs par femelle, le moustique a la « marge de test» suffisante pour contourner et retourner contre nous toutes nos attaques chimiques. La technologie lucrative évincée par les lois de l’évolution, il reste néanmoins des moyens efficaces: de simples bouts de tissus (moustiquaires) pourraient fortement limiter la progression du paludisme si tous ceux qui sont menacés y avaient accès…
 
Si la santé des hommes nous importe plus que nos mollets impeccables de touristes, c’est donc le paludisme et non le moustique qu’il faut vaincre.
 
Pour aller plus loin…
Weill, M., P. Labbé, et al. (2005). Insecticide resistance in the mosquito Culex pipiens: towards an understanding of the evolution of ace genes.’ Insect evolutionary ecology.
 
Pierrick
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Entrevue
De la pyrale aux OGMs
 
 
Denis Bourguet est chercheur au Centre de Biologie et de Gestion des Populations. Ses axes de recherche vont de la spéciation sympatrique aux mécanismes de résistance au Bacillium thuringiensis.
 
 
Plume : Denis, parlez nous de vos petites bêtes !
Denis Bourguet : Pas très grosse et pas très belle mais formidablement vorace la pyrale du maïs, Ostrinia nubilalis. Les larves de ce papillon de nuit sont en effet particulièrement polyphage – (l’auteur de cette entrevue à eu l’occasion de s’en rendre compte : ces larves mange tout, même le plastique, ndlr). Dans la nature, les femelles de cette espèce vont préférentiellement pondre sur le maïs tout comme celles d’Ostrinia furnacalis une espèce apparentée présente sur toute l’Asie. Cette espèce est donc un des ravageurs des cultures qui fait l’objet de nombreuses recherches destinées à comprendre sa biologie pour mieux contrôler ses populations. Nous nous intéressons également à une espèce jumelle Ostrinia scapulalis, qui infeste plus particulièrement le houblon et l’armoise.
 
P. : Vous leur voulez quoi à ces petites bêtes ?
D. B. : Une partie de nos recherches a pour objectif de vérifier l’hypothèse qu’O. nubilalis et d’O. scapulalis se sont bel et bien différenciées sous l’influence de la sélection naturelle et non par simple dérive génétique (la dérive génétique est, au même titre que la sélection naturelle, une force évolutive. Ici, c’est le ‘hasard des probabilités’ lors de la rencontre des spermatozoïdes et des ovules, chacun produits par un même individu, mais possédant des réassortiments uniques. Au fil des générations certains caractères peuvent envahir la population, et ce même s’ils ne confèrent pas d’avantages dans le nombre de descendants produits, ndlr). Nous cherchons également à savoir si cet événement de spéciation s’est déroulé en allopatrie ou sympatrie (de syn- ensemble et patrie -terre ; que l’on trouve en un même lieu, ndlr). Enfin, nous avons identifié une série de facteurs assurant une barrière reproductrice entre les papillons de ces deux espèces jumelles conduisant à un assortative mating (accouplement préférentiel entre membres des deux espèces jumelles, ndlr).
Le deuxième axe de recherche que nous développons vise à compléter ces connaissances fondamentales par des connaissances qui ont pour finalité une meilleure gestion des risques associés à la mise en place des maïs transgéniques. Depuis maintenant 10 ans, des variétés de maïs transgénique exprimant des toxines de Bacillus thurigiensis (plus loin, Bt) – une bactérie communément présente dans le sol – actives contre les larves de pyrale, sont cultivées en Amérique du Nord mais également en Europe – notamment en Espagne. Les doses de toxines produites par ces maïs étant massive et les surfaces cultivées croissantes, les populations sont soumises à une forte pression sélective. L’un des risques est donc de voir apparaître, comme dans le cas de l’utilisation d’insecticides chimiques, des phénomènes de résistance aux toxines de Bt. Afin de limiter ce risques il est demandé aux agriculteurs qui sèment des maïs Bt de maintenir des zones de refuges permettant de maintenir un pool d’individus sensibles qui, si certaines conditions sont remplies, pourrait retarder de manière conséquente – voire même éviter – la sélection d’allèles de résistance. Nos recherches visent précisément à vérifier si ces conditions sont effectivement remplies ou non. Nous étudions ainsi la fréquence initiale de ces allèles, la dominance de la résistance aux toxines de Bt, les capacités de dispersion des adultes, etc. .
 
P. : En quoi la situation est elle différente des traitements pesticides classiques ?
D.B. :Elle n’est pas différente qualitativement mais quantitativement. La pression sélective exercée par les maïs Bt sur les populations de pyrale est bien plus forte que celles classiquement exercées par les traitements insecticides. En effet lors de l’épandage de pesticides classiques, seule une fraction de la population est atteinte car la variabilité spatio-temporelle des traitements ne permet jamais d’atteindre la totalité des ravageurs présents.
Dans le cas des maïs Bt, c’est la plante elle-même qui produit l’insecticide. Toutes les parties végétatives contiennent des doses massives de toxines de telles sorte qu’aucune larve de nos petites bêtes, pas si grosses et pas très belles, ne peut se nourrir de ces maïs sans passer l’arme à gauche. Seuls les individus résistants peuvent se régaler sans succomber. Les individus sensibles ne pouvant donc se développer sur des maïs Bt, le seul moyen de les préserver réside dans le maintien de zones refuges –c’est à dire des variétés de maïs non transgéniques.
 
P. : Et ça marche ?
D. B. : Difficile à dire. Après une décennie de culture de ces maïs Bt, nous sommes toujours incapables de détecter de la résistance ‘au champ’. Cette absence de résistance peut en effet s’interpréter comme la conséquence de cette stratégie visant à maintenir des zones refuges. A ce stade il est bien difficile de savoir la part de l’efficacité des stratégies mise en place. Mais dans tous les cas, le fait de préserver des zones refuges ne peut être que bénéfique.
 
P. : Comment vos travaux permettent d’aborder les OGMs ?
D. B. : La mise en culture d’OGMs soulève de nombreuses question et font l’objet de débats parfois violents. Les risques et bénéfices varient d’un OGM à un autre, de telle sorte qu’une réponse univoque me parait impossible. Mais continuons de nous focaliser sur le maïs Bt. Du point de vue sanitaire, l’utilisation de toxine de Bt est nettement plus ‘saine’ que celle des pesticides classiquement utilisés pour lutter contre la pyrale. Les toxines de Bt sont en effet beaucoup plus spécifiques que les pyréthrénoïdes. Mais les pesticides classiques ne sont pas les seules méthodes de lutte puisque 3% des surfaces plantées sont actuellement “protégées” des attaques de pyrale par des lâchers de trichogrammes, parasitoïdes des oeufs de ce ravageur (guêpe qui incube ses petites dans les larves, ndlr). Différentes pratiques culturales peuvent également limiter la survie des larves diapausantes (la diapause permet de passer l’hiver en état de vie ralentie, ndlr), limitant les besoins de traitement l’année suivante. Il faut enfin s’interroger sur l’impact économique de la pyrale…Cette dernière engendre des dégâts souvent marginaux qui, dans tous les cas, ne dépassent guère 5% à 10% de la récolte? Était-il vraiment nécessaire de développer des maïs Bt ?
Analysons les choses sous un autre angle. A qui profite la mise en culture des maïs Bt ? Des experts indépendants ont montré pour le compte de l’Union Européenne que les profits vont, par ordre décroissant, du producteur, au semencier et enfin au consommateur. Ce dernier se pose en effet la question de son gain dans cette affaire. Ce gain pourrait être environnemental si la mise en place des maïs Bt avait engendré une réelle diminution des traitements insecticides mais des études montrent que ce n’est pas toujours le cas. L’adhésion des consommateurs et des citoyens, ne peut être assuré ni par son plaisir gustatif, ni par un avantage financier. La mise en place de filière non OGMs coûtera cher. Garantir des maïs sans OGMs – ou à des taux < 0.9% (seuil supérieur d’admissibilité pour un produit labellisé ‘sans OGM’, ndlr) – est techniquement difficile. A l’avenir, s’alimenter ou alimenter du bétail avec du maïs non OGM pourrait s’avérer plus coûteux qu’avec du maïs Bt. Même si les risques sanitaires et environnementaux semblent minimes voir nuls, posons nous une nouvelle fois la question: à qui profite le *** ?
 
Dalecky A., Ponsard S., Bailey R.I., Pélissier C., Bourguet D. (2006) Resistance evolution to Bt crops: Predispersal mating of European corn borers. PLoS Biology 4(6): e181. en accès libre.
Malausa T., Berthenod M.T., Bontemps A., Bourguet D., Cornuet J.-M. & S. Ponsard (2005) Assortative mating in sympatric host races of the European corn borer. Science 308 (5719):258-260.
Propos recueillis par Vincent
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Perspectives
De la précarité à chaque étape et jusqu’au bout
 
Je me présente : Rosa, fille d’ouvrier, étudiante en L1. Stagiaire, pendant mes vacances. Je suis en bio, mais bon, j’hésite encore avec le droit, la littérature…
 
J’ai beau me dire que je fais partie des privilégiées (10,8% des enfants d’ouvriers vont à l’université contre 32,3% des enfants de cadres ; [1] , je flippe de savoir où je vais et comment je vais croûter pendant mes études… et tout cela pour qu’après trois ans de vie active, je soit potentiellement dans les 8-9% de chômeurs ayant un diplôme supérieur à bac+2 et de faire partie des 15% de docteurs en CDD, contre 34% avec une Licence et 24% avec un master [2]. Alors, tenir jusqu’à quand pour finir précaire ?
Il faudra faire pleins de stages, c’est ça le bizutage dans ce monde de la recherche ! Un vrai travail sans salaire… parfois une modique ‘libéralité’ (aucune cotisation sociale). Remarque, cela va peut-être changer : les stages abusifs ont été reconnus comme travail clandestin (jugement délibéré par le TGI de Paris le 29/09/2006) et les thèses et post-docs seront désormais payés avec cotisations sociales [3] !
Donc tenir jusqu’au doctorat et ensuite croûter pendant ma thèse… sachant que 80% des doctorant-e-s en Sciences Humaines et Sociales (SHS) ne sont pas financés pour leur travail de recherche, je n’ai pas vraiment le goût [4] ! Trouver des petits boulots merdiques comme d’hab ! Et une fois mon doctorat en poche ? À l’université, 24,6% des enseignants sont non permanents, avec des pointes à 35,5% dans le monde de la santé et 31,8% en droit. Brrrr… Il paraît que la précarité, ce n’est que pour un temps… jusqu’à 36,5 ans en Lettres et 30,7 ans en Sciences de la Vie pour un poste de titulaire à l’université [5]. Une bagatelle ! Sinon, je me contenterai d’avoir la malchance d’être au chômage à hauteur de 7% en maths-physique, 11% en Sciences de la vie et de la terre, 14% en chimie ou 17% en Lettres & SHS [6].
Rêver d’un poste de titulaire un jour ? Sur les vingt dernières années grosso modo, les départs à la retraite ont été remplacés par du sang neuf, ce qui ne représente pas beaucoup de monde. Bonjour la sélection de fou !
Pourtant, il faudra bien augmenter le nombre de chercheurs rapporté à la population active de l’Union européenne si l’on veut atteindre l’objectif des 3 % du PIB fixé à Barcelone en 2002 !
S’ils existent un jour, où vont se trouver ces milliers de postes ? et avec quels statuts ? Sachant que la part de la haute technologie dans le commerce mondial est passée de 8% en 1976 à 23% en 2000 [7] je parie que les postes seront dans la R&D “ innovante ” et rentable.
Quand je vois qu’à Toulouse le recours à l’intérim a progressé de près de 5% par an [8] et ce, principalement pour des postes qualifiés, je n’ai toujours pas franchement le goût ! Et dans des labos publics ? l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) ne finançant que les projets sur 3-4 ans, exit les postes de titulaires ! Bref, le statut, sera jetable !
 
Je rêve d’avoir un boulot stable, de faire de la recherche sereinement, de la non-rentable, de celle qui sert à rien, à aucun marchand d’arme… est-ce possible ?
 
 
 
Pour aller plus loin…
1. A. Leger (2003) Les Cahiers de l’IFOREP 105, 36-41.
2. N. Marchal, et al. (2004) Céreq 214, 1-8.
3. A. Jouan (2007) Le Figaro, 5 janvier 2007.
4. CJC (2004) ‘Rapport sur les conditions de travail illégales des jeunes chercheurs (Confédération des jeunes chercheurs, Paris (France)).
5. M. Bideault & P. Rossi (2005) note d’information 05-35, 1-6.
6. J.-F. Giret (2005) Céreq 220, 1-4.
7. M. Harfi (2005) Étudiants et chercheurs à l’horizon de 2020 : enjeux de la mobilité internationale et de l’attractivité de la France.
8. A. Raynal (2006) L’Humanité 14 avril 2006.
 
Geronimo Diese
Du collectif P-POUM (Personnel contre la Précarité - Organismes de Recherche et Universités de Montpellier)
http://www.alternatives34.ouvaton.org/ppoum/ppoum.html
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Biodiversité (III) : Le rôle des petites bêtes
 
La biodiversité à laquelle on pense généralement, zèbres, petites plantes rabougries, oiseaux multicolores, ou pique-prune qui fait détourner les autoroutes, pose un problème majeur : elle n’est pas une bonne représentation de la complexité d’un écosystème.
 
 
Qu’elle soit mesurée en nombre d’espèces, en biomasse (masse cumulée de tous les organismes) ou en considérant les interactions comme centrales… alors ces grandes, belles et médiatiques espèces sont reléguées bien loin derrière les champignons, la microfaune et les bactéries. Sans pousser trop loin l’image, c’est la partie immergée de l’iceberg, lovée sous nos pieds, dans le sol.
La microfaune du sol : cloportes, nématodes (vers millimétriques), mollusques, etc. ont des niches écologiques (une niche est un espace écologique de vie occupé par une seule espèce) minuscules qui échappent au promeneur tête en l’air et truffe au vent. Cependant l’oxygénation, l’enrichissement, la fragmentation, bref le labour efficace des sols est à mettre à leur crédit. Avec 30.000 espèces recensées de nématodes (pour un nombre estimé d’un million), ces derniers sont les agents numéro un des sols.
Les champignons, jouent le rôle de saprophytes (ils dégradent la matière morte) mais participent activement à la vie de 90% des plantes supérieures en formant des associations symbiotiques au niveau des racines de ces plantes (mycorhizes). Une symbiose, c’est deux organismes, pouvant être complètement différents (une truffe et un chêne) qui entretiennent une relation de longue durée et mutuellement bénéfique. Même si cet apparent relâchement de la guerre évolutive n’est qu’apparent (le but reste quand même de tirer le maximum de profit de cette relation, et pour les deux partenaires de faire le maximum de bébés), la prise en compte de ces associations est fondamentale pour qui veut comprendre, quantifier et estimer la biodiversité dans son ensemble, bref en donner une mesure réaliste.
L’iceberg du vivant est en réalité un agglomérat d’arthropodes (insectes, araignées, crustacées…) auquel se rajoutent les autres groupes ! Le cauchemar de bon nombre d’entre nous, les insectes, représente à lui seul, plus de 80% des arthropodes soit environ 750.000 espèces connues. Des estimations réalistes évaluent à 5 à 10 millions d’arthropodes, au total… (ce qui laisse de la marge pour laisser son nom dans un bouquin), pour seulement 4400 mammifères.
Les insectes sont souvent des espèces ‘clés de voûtes’. Par exemple, la pollinisation se fait dans deux cas sur trois, par des insectes… Les abeilles Melipona, unique pollinisateur de la vanille, présent au Mexique principalement (patrie de la vanille) et absent de Madagascar obligent l’Homme à polliniser chaque fleur manuellement pour obtenir des ‘gousses’ (le fruit de la vanille est une capsule, un fruit sec s’ouvrant par des fentes ou des pores).
Notre iceberg dérive dans un océan de bactéries (et de virus). Environ 6.000 espèces de bactéries ont été répertoriées mais la réalité est tout autre. Les bactéries, tout comme les virus sont ubiquistes, aucun milieu ne leur résiste… Quand on pense micro-organismes, on pense d’abord parasite (réalité virale). Il est vrai que l’Homme a dix fois plus de bactéries que de cellules, mais elles jouent un rôle déterminant dans le fonctionnement des écosystèmes. Les bactéries sont des organismes hétérotrophes (tout organismes se nourrissant de matières organiques). Elles forment la base trophique de la chaîne alimentaire et sont les acteurs de la reminéralisation de la matière organique dont dépendent les espèces autotrophes (organismes se nourrissant d’éléments minéraux) tels que le phytoplancton et les végétaux.
Enfin leur dénombrement est d’une complexité technique incroyable. Ces micro-organismes là n’ont pas de pattes, de plumage ou de carapace ornée pour pouvoir les classer. Historiquement (et dans les labos quand vous envoyez des échantillons de votre corps malade), on réalise des cribles de résistance bactérienne à toute une batterie d’antibiotiques.
Aujourd’hui, afin d’avoir une base universelle, on utilise les techniques de la biologie moléculaire (on séquence un ou plusieurs petits bouts d’ADN). L’information ainsi récupérée, véritable code-barre génétique, est comparée sur l’Internet à des bases de données de référence. et la bactérie ou le champignon sont ainsi identifiés.
 
Prochain numéro, suite et fin : biodiversité et importance des interactions.
 
Aimeric & Vincent
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Rencontre avec Hervé This
 
Hervé THis est physico-chimiste INRA dans le laboratoire de chimie des interactions moléculaires (dirigé par Jean-Marie Lehn, prix Nobel de chimie), au Collège de France, à Paris, et dans le laboratoire de chimie d’AgroParisTech.