“L’homme descend du singe”, voila une sentence, élevée au rang d’aphorisme, que l’on entend un peu partout. Balivernes parmi d’autres. L’homme ne descend pas du singe, c’est un singe (I). L’homme ne descend pas du singe, il a simplement un ancêtre commun avec lui (II).
I. L’homme ne descend pas du singe, c’est un singe
Vous pouvez chercher jusqu’à plus soif à quelle espèce correspond l’appellation (d’origine controlée) “singe”, vous n’en trouverez pas, et pour cause : “singe” désigne un ensemble d’espèces partageant des caractères communs, pas une espèce à part entière. C’est le même problème pour “oiseau”. Un oiseau n’est pas une espèce, mais une appellation générique, qui désigne l’ensemble des bêtes qui grosso modo ont des ailes, des plumes, un bec et dont les filles pondent des oeufs (n’attendez pas une ponte mâle). Un phylogénéticien (un mélange d’informaticien et de rat de labo qui s’intéresse de près aux relations de filiations entres espèces), parlerait de groupe monophylétique, c’est à dire un ensemble d’espèces partageant un ancêtre commun et regroupant l’ensemble de ses descendants.
“Singe” désigne un noble représentant de l’ordre des primates. Autrement dit, l’homme ne descend pas du singe, l’homme est un singe. Dans la même veine, l’autruche a beau être assez atypique par rapport aux oiseaux que l’on peut rencontrer dans nos contrées, elle ne descend pas de l’oiseau : c’est un oiseau.
II. L’homme ne descend pas du singe, il a simplement un ancêtre commun avec lui.
- “Bon, ok, a la place de singe je voulais dire chimpanzé, ou gorille, ou orang-outang, enfin tout ça c’est pareil, c’est des animaux” rétorqua le creationniste.
- “Erreur, ils sont plutôt cousins”, s’écrie le phylogénéticien entre deux migraines.
Si nous partageons un ancêtre commun, finalement on doit pouvoir remonter les générations à partir des chimpanzés, des gorilles et des humains pour arriver à un ancêtre commun aux trois espèces. C’est l’objet de la phylogénie que de retracer ces parentés. Ces relations sont représentées au moyen d’arbres (le scientifique est à haute valeur métaphorique ajoutée) dits arbres phylogénétiques. Partons des feuilles (waouh, quel poète ce phylogénéticien), c’est à dire les branches qui aboutissent à Modern humans et à Easter (ou Western) Chimpanzee sur l’arbre ci-dessous. Et bien les hommes (modern humans) ont un ancêtre commun avec les chimpanzés avant d’en avoir un avec les gorilles. Autrement dit, les chimpanzés sont plus proches de nous (et vice versa bien entendu) que ce que nous le sommes (et c’est donc valable pour les chimpanzés) des gorilles. De même, pour un chimpanzé, l’homme est plus proche parent qu’il ne l’est avec le gorille. C’est exactement la même phrase, mais curieusement, elle a une tendance curieuse à provoquer des érythèmes fessiers chez les créationnistes.
Rappellez-vous derrière la porte de votre chambre quand vous tétiez encore vos mamans, il devait y avoir quelque part un arbre généalogique de la famille ? Et bien, vous êtes plus proches de votre frangine que ce que vous ne l’êtes de votre cousine germaine (éventuellement allemande). Avec votre sœur, vous partagez un ancêtre commun (en l’occurence deux : vos parents) “avant” d’en posséder un avec votre cousine germaine (les ancêtres sont les grand-parents). C’est la même logique pour un arbre phylogénétique, sauf que l’objet d’étude (les feuilles) soient des personnes à part entière, les phylogénie d’espèces prennent pour unité opérationnelle … des espèces.
Voila de quoi clouer le bec à votre ami l’autruche.

Arbre phylogénétique des gorilles, chimpanzés, et humains.

Tableau de bord
mars 4th, 2008 at 19:40
Bonne explication… Quoique “l’homme descend du singe” me fait encore mois rire — jaune — que “pourquoi toutes les bactéries ne se sont-elles pas transformées en hommes?”, que j’ai déjà entendu la.
Question subsidiaire : qu’est-ce qui provoque les migraines du phylogénéticien :p ?
>> J’attaque une série sur la phylogénie un de ces 4. Merci pour la fottes d’ortograffe. V.
mars 6th, 2008 at 17:02
Effectivement bonne explication.
Mais j’ai juste un petit problème qui n’en est pas vraiment. C’est un peu ironique je vous l’accorde, mais manifestement, sur la figure, l’homme descend du singe ou plutôt, pour être plus juste, d’un singe : “forest ape”. “Singe” n’a pas forcement de valeur en tant que groupe monophylétique. Certains regrouperont tous les primates excepté l’homme sous ce terme (groupe para phylétique)
Je pense que derrière cette expression “l’homme descend du singe” il y a un relent d’idées progressistes, à savoir l’homme est le plus parfait et le plus évolué de toute la création. Peut être un sujet la-dessus serait il intéressant..
Pierrick
mars 6th, 2008 at 18:54
“Je pense que derrière cette expression “l’homme descend du singe” il y a un relent d’idées progressistes, à savoir l’homme est le plus parfait et le plus évolué de toute la création….et c’est vrai mais c’est le cas de toute les espèces si on pousse le raisonnement “lutte pour la vie, etc.” A noter que les creationnsites ont tendance à nous la faire à l’envers en retournant des arguments détournés au pire, mal compris au mieux. On en reparlera bientôt.
“Singe” n’a pas forcément […] excepté l’homme sous ce terme (groupe para phylétique)”. Effectivement, si on part, en disant que l’homme n’est pas un singe, effectivement le groupe est paraphylétique mais ce n’est plsu de la phylogénie mais de la sémantique. L’homme constitue (sauf croyance imperméable) un groupe monophylétique avec ses cousins gorilles, bonobos, chimpanzés, etc. et l’homme est donc un singe à part entière (dans la même veine, comme les piafs sont des dinosaures, on en parle bientôt).
En termes de polarisation de l’arbre, dans les articles sur la phylogénie à venir il y aura pas mal de choses pétillantes, sur la représentation même d’une phylogénie d’espèces. Là ou un intelligent designer verrait le propre aveu évolutionniste d’une quelconque polarisation de l’évolution (vers une complexification, une perfection, ou moins de poils, peu importe pour la suite), le designer intelligent constatera que l’on peux sans problème retourner l’image, l’homme se retrouve en la tête en bas, mais les branchements (= la topologie de l’arbre) restent les mêmes…et c’est bien de cela (et uniquement) dont on discute quand on parle monophylie, etc.
V.
mars 7th, 2008 at 13:50
Oui tout à fait, la représentation est assez interessante à étudier , par exemple celle des équidés à été bien étudiée dans le livre “l’evolution des faits aux mécanismes” de Clamens et Allano. Ils montrent qu’en gardant la même topologie mais en modifiant la disposition des branches et en les ornementants on peut obtenir une toute autre image de l’histoire évolutive de ce taxon.
mars 25th, 2008 at 1:48
“Je pense que derrière cette expression “l’homme descend du singe” il y a un relent d’idées progressistes, à savoir l’homme est le plus parfait et le plus évolué de toute la création. Peut être un sujet la-dessus serait il intéressant..”
oh que oui…c’était et c’est même comme dirait ce bon vieux Bachelard un obstacle épistémologique à la compréhension et l’acceptation de la théorie de l’évolution. Bien que fixiste, Linné en avait choqué plus d’uns en regroupant l’homme avec les singes dans le groupe des primates, c’est d’ailleurs pour cette raison que Cuvier avait séparé ensuite les hommes dans l’ordre des bimanes pour bien délimiter le fait que ceux-ci étaient des êtes supérieurs et ne pouvaient donc en aucun se retrouver avec nos cousins poilus (quoique pour certains, ils n’ont rien à leur jalouser). Mais Darwin rectifia le tir quelques années plus tard.
avril 15th, 2008 at 15:33
j’aimais bien dans la comparaison homme singe trois histoires
l’homme singe mal fini (néoténie)
l’inversion des zones de pilosité
de quand date nos pieds, l’outil la main, en fait c’est le pied qui fait l’homme
Peut être quelqu’un qui s’y connait pour de vrai pourrait il s’attarder sur notre espèce envahissante