Pour en finir définitivement avec “Il était une fois la vie”

Vinche 3 juin, 2008 • Evolution

Certains sont devenus politiciens en regardant le mercredi après-midi l’assemblée nationale, d’autres économistes devant Bloomberg, et il paraît aussi que certains dévoraient du “Il était une fois la vie“.

Avant de tirer à boulets rouges sur sur le passage d’introduction de cette série, saluons l’initiative et l’esprit didactique de la série, qui a probablement fait beaucoup plus pour la science (et probablement pour moins cher) que les frères Bogdanov.

Sous la plage, les pavés. Remémorons-nous un peu le premier épisode d‘Il était une fois la vie :

0-20” : Rien à signaler, sinon un couple de beatniks tout nus qui s’embrassent (peut être une métaphore quelconque ?).

20”-1′40 : Une des clés du succès de la série (et de la vulgarisation scientifique) : la personnification. Au prix d’un peu d’anthropomorphisme, on gagne en mnémotechnie…vaste débat. Depuis Jean-Henri Fabre, on n’avait pas fait mieux [1]. Un peu de diapédèse et Maestro qui pointe sa barde blanche !

1′40”-3′20” : Ca pète dans tous les sens, on assiste à la formation du système solaire et de la terre, en accéléré.

3′20”-4′30” : L’objet du délit : l’homme comme aboutissement évolutif. Après être partis de la “cellule unique” et avoir successivement parcouru les stades de poissons, crocodile, dinosaure (oiseau), mammifère un peu bête, primate à l’air un peu moins bête, on a droit à la lignée humaine.

Que peut comprendre une tête blonde sinon qu’il se trouve au bout du chemin de l’évolution, pur produit des stades précédents, qui n’ont été qu’étapes dans ce processus linéaire aboutissant à l’homme ?

Dans le même schéma de pensée, la frise chronologique illustrée de groupes emblématiques issus des archives fossiles est souvent retrouvée dans nombre d’ouvrages notamment ceux de science “ludique”, ou “pédagogique” destinés aux pitchouns.

Même si ce genre de présentation est graphique [2], elle témoigne d’une grande mécompréhension de ce qu’est l’évolution biologique. Puisqu’un petit dessin vaut mieux qu’un long discours, regardons celui-ci :

phylogenie schematique

Il s’agit d’une phylogénie schématique, dont trois espèces emblématiques de 3 lignées ont été retenue. Un arbre phylogénétique permet avant tout de visualiser les relations de parenté entre organismes. Un arbre phylogénétique peut comporter plus d’informations que celui présenté ici, comme par exemple, les dates approximatives de divergence des lignées.

Focalisons nous donc sur l’objectif premier d’un arbre phylogénétique : sa représentation topologique. Le tigre a un ancêtre commun avec le flamant rose, avant que d’en avoir un avec les crocodiles. Cet ancêtre commun n’était pas à “mi-chemin” du tigre et du flamant rose, pas besoin de se luxer l’imagination, cet ancêtre a bien existé mais il n’a rien d’un hybride. Il appartenait juste à une lignée évolutive, divergente de celle qui a donné les crocodiles.

Plusieurs enseignements se dégagent presque d’eux-mêmes :

  1. Les formes de vie que nous observons aujourd’hui sont donc les feuilles de l’arbre phylogénétique qui englobe le vivant dans son ensemble.
  2. Les fossiles étaient également des axes terminaux “en leurs temps”, qui ont abouti par descendance (et spéciation) aux organismes actuels. L’arbre du vivant étant en pleine croissance, les anciennes feuilles terminales, sont les branches d’aujourd’hui (c’est une approximation, mais l’idée est là).
  3. Flamants roses, crocodiles et tigres partagent un ancêtre commun, dont les descendants ont empruntés des lignées divergentes, qui ont suffisamment divergé pour que les relations phylogénétiques puissent ne pas être extrêmement évidentes. A y regarder de plus près (adn, embryologie, anatomie, etc.), ces organismes partagent des caractères communs (qui permettent de construire ces arbres phylogénétiques) et présentent des caractères typiques de leurs lignées, des caractères dits dérivés.
  4. En gardant l’analogie avec les arbres, partant d’une même graine, il est tout du même acabit de défendre l’une des feuilles de l’arbre adulte comme plus vieille qu’une autre, que de défendre l’homme comme plus évolué que la méduse. Sur certains critères, l’homme est plus complexe que la méduse, mais il n’est pas plus évolué.
  5. Flamant rose, crocodiles et tigres sont cousins, et nos pas descendants les uns des autres.
  6. Il n’existe donc pas de chemin linéaire entre ces espèces, pour passer de l’une à l’autre on doit remonter le temps, c’est à dire descendre les branches de l’arbre phylogénétique pour emprunter la lignée correspondante.

Il était une fois la vie, ou les manuels de dinosaures n’ont qu’à bien se tenir, Plume! veille au grain.

Pour aller plus loin

[1] : dont ce site brillamment réalisé au demeurant, permet de se délecter - c’est bien facile a posteriori - de passage alléchants :

Il est heureux que la Cigale de l’orne ne suive pas les conseils des évolutionnistes. Si, plus enthousiaste d’une génération à l’autre, elle pouvait acquérir, de progrès en progrès, un résonateur ventral comparable à celui que lui font mes cornets de papier, la Provence, peuplée de cacans, serait un jour inhabitable.

[2] : Fatboy Slim : Right here, Right now

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2 Réponses »

  1. Tu oublis cependant de dire que “il était une fois la vie” est une émission pour les enfants, pas pour former des universitaires ou des adultes. C’est ce genre de série qui ma permis, entre autre, de me trouver une passion dans la biologie.
    S’il est très important de rectifier le tire pour ceux qui lisent ton blog, “il était une fois la vie” était une émission passionnante (et pas si mal faite au niveau scientifique, j’ai retrouvé des notions vu en licence) qui permettaient de créer des vocations scientifique chez les enfants.
    Je suis donc tout a fait d’accord avec le fond : arrêtons de croire que l’évolution est linéaire, synonyme d’amélioration et finalement presque dirigé par une force vers la perfections de l’homme. Mais sur la forme je n’aurais pas critiqué ce dessin animé qui assume sont rôle!

  2. Adrien,
    Il n’aura pas échappé à ton attention que le titre tient de la gaudriole plus que de l’attaque. Je suis (depuis mes culottes courtes) fan d’Il était un fois la vie, l’homme, etc. Je salue la réalisation et l’engouement que cela a pu déclencher chez les jeunes gens, comme nous. Ceci dit, cette vision linéaire de l’évolution est tellement plus simple à retenir - quoique fausse - qu’elle en devient vraiment mnémotechnique. Quitte à faire, autant faire bien d’où la mise en garde.

    V.

    Je suis pas du genre à casser mes .mp3 de FatBoy Slim non plus… :)

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