Adieu veau, vache, cochon, couvée
Vinche •
4 avr, 2008 •
Evolution
« De tous les animaux purs, tu prendras sept paires, le mâle et sa femelle […] pour perpétuer la race sur toute la terre. […] Je ferai pleuvoir sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits et j’effacerai de la surface du sol tous les êtres que j’ai faits ». Problème : Dieu n’était pas généticien des populations (ni écologue). Les oubliés de l’Arche de Noé ont dû trouver le temps long sous la flotte. Adieu, veau, vache, cochon, couvée. Gaïa, qui n’est peut-être pas omnisciente, ni omnipotente a bien dû rigoler lors du Déluge.
Une manière formelle de définir la consanguinité est de dire que c’est la probabilité avec laquelle, deux allèles particuliers sont identiques par descendance. Par exemple, si mon père a pour un gène particulier (disons le gène de la poésie) Rimbaud/Vian et ma mère Claudel/Apollinaire, je pourrais par exemple hériter du couple Vian/Apollinaire (avec une probabilité d’un quart, exactement).
Ma sœur, issue des mêmes parents par définition, pourrait posséder Vian/Claudel (encore un quart). En introduisant un zeste d’inceste, je couche avec ma sœur qui me donne quelques enfants. Dans notre descendance, un enfant sur quatre aura donc le couple Vian/Vian. Et alors ? Et alors, admettons maintenant que Vian soit délétère, c’est-à-dire que dans un certain contexte, la protéine qu’il code n’est pas pleinement fonctionnelle, voire foireuse. Si l’allèle Vian est responsable d’une aversion violente pour les képis (du type « faites l’amour pas la guerre »), alors un sur quatre de mes enfants que m’aura donné ma sœur sera un vrai hippie, non viable dans l’environnement en question, ici un monde de képis. Admettons que Noé n’aie sélectionné que des individus viables, il n’a pas pour autant pu couper à embarquer de « porteurs sains » : rien de péjoratif, nous le sommes tous un peu. La variabilité allélique est le fond de commerce de l’évolution, et la présence d’allèles moins bons que les meilleurs, est précisément le tribut payé pour qu’existe une variabilité génétique. On appelle cela le fardeau de sélection. L’allèle « Vian », est récessif et toutes les autres versions dominantes. Dans un génome, deux versions de chaque gène sont classiquement présentes, et chacune des versions sera traduite en protéine. Si l’une des protéines produites est fonctionnelle, alors l’allèle délétère est cryptique, invisible si l’on peut dire aux yeux de la sélection. Si par contre pour un gène donné, nous possédons deux allèles délétères, plus de copie pour rattraper la mayonnaise, c’est la pathologie, plus ou moins mortelle. Pour filer la comparaison, chez les gosses obtenus avec ma sœur, le comportement hippie sera visible (Vian/Vian) bien qu’invisible chez nous (Vian / autre chose, pour elle comme pour moi). Ce cadre floral panache un peu l’explication mais c’est exactement comme cela que les choses se passent. Des versions de gènes délétères (des allèles donc) existent en fréquence généralement faibles dans les populations diploïdes. Pour un gène particulier, si un allèle délétère existe dans une population à hauteur d’1%, alors la probabilité que deux individus non apparentés et « porteurs sains », aient des enfants possédant les deux copies délétères est de 0,01 * 0,01 soit une chance sur dix mille. Or, la consanguinité dope ce pourcentage ! Les appariements consanguins, c’est-à-dire entre individus apparentés, favorisent en effet les retrouvailles entre allèles délétères. Avec 7 couples de chaque espèce animale, un plan de conservation comme l’Arche de Noé conduit directement au musée des horreurs, et ce, à très court terme postdiluvien. Sur un autre front, la dérive génétique rabote la diversité génétique en éliminant les allèles rares. Cet effet est d’autant plus incisif que la population est petite : c’est une des raisons pour lesquelles la biologie de la conservation s’attache à préserver des effectifs populationnels conséquents. Dernier point, et non des moindres : l’Arche de Noé n’a embarqué aucune plante, champignon ou bactérie. L’écologue du coin vous dirait « mauvaise idée ». Pour un calcul logistique voir ici
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