La vigne, le vin et le réchauffement climatique
Solv •
25 jan, 2008 •
Ecologie
Conférence publique du 23 janvier 2008 par Jean-Pierre Chabin (MCF honoraire, Université de Bourgogne) Note de l’auteur: - Ce qui suit peut être qualifié de réaction apéritive dans le sens où elle ne se base sur aucune source d’information supplémentaire par rapport à l’état des connaissances préexistant à la conférence, pendant laquelle je n’ai pas pris de notes. - Cette réaction est remplie de spontanéité, de partialité et sûrement d’erreurs. Je ne sais pas si ce que je dit à déjà été étudié par meilleur, si la question est résolue depuis longtemps et alors le discours serait hors de propos, mais j’écris comme je parle, si on peut écrire et être écouté de nos jours, pourquoi ne pas en profiter pour dire des bêtises. - Quelqu’un qui malgré les apparences n’est pas contre de boire du vin à 16°. De souvenir, la conférence commence ainsi : « En moyenne sur plusieurs (env. 40) années des moyennes annuelles, il y a 5°C de différence entre Nice et Lille pour 1000 km du Nord au Sud. » Si ma mémoire est bonne (et cela vaut pour tout ce qui suit de précis) en équivalent altitude cela représente 750 mètres.
Puis ensuite vient ce que tout le monde attend, le réchauffement climatique. Les sources sont ce qu’il se fait de mieux, l’intervenant utilise un certain scénario du Groupe International d’Experts sur le Climat (scénario pessimiste mais qui est déjà dépassé dans les faits) et globalement on obtient que la température va augmenter (en une seule moyenne cette fois) de 5°C dans 100 ans et que les 3/4 de la France seront en climat méditerranéen. Remarquons au passage la pédagogie sur la règle de l’équivalent-température du monde d’aujourd’hui : 1000 km au Nord = 750 mètres d’altitude = 100 ans, bienvenue dans la 4ème dimension. De manière suffisamment intuitive pour que cela passe au journal de 13h, les simulations montrent que les conditions climatiques favorables à la fabrication du bon vin (le long du Rhône entre Avignon et Valence, pour les connaisseurs) vont se déplacer vers le Nord. Notons au passage que je n’évoquerai pas ici le vignoble de la Bourgogne et du Bordelais qui, selon les dires de l’intervenant, sont moins menacés que les fameuses zones méditerranéennes. Je n’évoquerai pas non plus les principales conclusions qui ont été émises en terme de localisation à petite échelle propre à chaque région, je voudrais juste partir d’une conclusion principale et d’une hypothèse pour déboucher sur un questionnement de la méthode. La conclusion de base concerne la disparition du vignoble de la Vallée du Rhône (Languedoc compris) car il fera trop chaud (souvenez vous des 5°C) alors que du côté de l’hypothèse, on admet la possibilité pour les bourguignons d’abandonner le cépage qui a besoin de sucre à défaut de soleil pour des cépages plus autonomes tels que le grenache ou la syrah. Je suis sûr d’avoir moins de connaissance que l’intervenant sur les conditions de croissance de la vigne et la dépendance aux températures moyennes mais la relation mécanique qui s’exprime derrière me questionne. D’ailleurs je ne suis pas le seul, je sais que toi aussi René (le roi du métal) tu te dis qu’il ne prend pas en compte la technologie et que même, il n’y a pas que ça. Le savoir faire accumulé par les vignerons n’est pas quelque chose de figé et il n’y a pas de raison qu’il en soit ainsi dans le futur, ils vont s’adapter les bougres. Je te dis que tu n’as sûrement pas tort mais le gars qui anticipe l’avenir, il s’en balance et il n’a peut être pas tort non plus (bien que je vais essayer d’argumenter sur le contraire).
Quand on fait de la prospective (il me semble que c’est le cas ici), le principe est d’insister sur une idée forte (la hausse de la température) en laissant de côté tout ce qui n’est pas relié directement (les pratiques viticoles) pour faire passer un message avec le caractère persuasif de la précision. Ça c’est la vision cool, je ne vais pas essayer de positionner la science par rapport à ça, mais si y’a des personnes qui veulent s’y risquer dans les commentaires, je crois que c’est fait pour cela. Le raisonnement qui me semble acceptable derrière est du type : on ne peut jamais tout prendre en compte, et même pire ça ne servirait à rien. L’autre solution est de tout prendre en compte pour ne rien dire d’autre que : « ça dépend ». Là normalement, il faut citer un exemple pour que tout le monde comprenne bien, je ne sais pas si j’ai raison mais je vais m’y tenter après avoir invoqué le terme technique de ce raisonnement, le « toute choses égales par ailleurs » ou même mieux : ceteris paribus. Il me semble que ce terme est surtout utilisé en économie et comme je connais un peu mieux mon exemple s’en inspire : augmenter la rémunération du chômage diminue la sortie vers l’emploi toute choses égales par ailleurs. C’est-à-dire que de deux personnes qui ont la même télévision, la même consommation d’alcool (les mêmes préférences) et ne se différencie que par le montant de leur indemnité, et bien la personne qui a le plus gros montant retrouvera un emploi plus tardivement. Qu’on ne croit ou pas à l’exemple, là n’est pas l’important (t’enflamme pas René). Un tel raisonnement permet d’expliciter les incitations financières dans leur lien avec le chômage, tout comme le but des prévisions sur le déplacement des vignobles permet d’expliciter le lien entre la température et la géographie viticole. Mais la prospective là derrière, que peut-on dire sur le futur à partir de ces constations ? La réponse me semble être « rien ». La condition pour pouvoir extrapoler dans le temps un raisonnement ceteris paribus tout en étant pertinent me semble être l’existence d’un modèle au minimum structurel en fond. C’est-à-dire que si tu ne possèdes pas des relations qui expliquent ce qui est, comment peux-tu prétendre expliquer ce qu’il va advenir ? De manière plus appliquée au propos initial, il y a des conditions extra biologiques à la présence de vin dans le sud est de la France et qui conditionnent également les cépages que l’on cultive et bien que je pense que personne n’en doute, je vais quand même citer les termes habituels : conditions historiques, économiques, culturelles… La prospective sur le futur du vignoble en France se fait à AU MINIMUM techniques égales, culture égale, histoire égale par ailleurs et pour le futur avec histoire égal par ailleurs ça devient plus compliqué. Autre exemple, quand nous parlons de la tectonique des plaques (yo Blarkou) on n’a pas besoin d’insister sur la température ambiante pour faire comprendre l’idée de formation des continents ou autres (même si ça a un lien, j’en sais rien et ça n’a pas d’importance). C’est parce qu’on a isolé un système (modèle structurel) d’évolution de la terre, que l’on a l’impression de comprendre ce que l’on observe aujourd’hui par le biais de ce modèle et donc qu’il est légitime de faire de la prospective quand à la morphologie future. Mais quelqu’un qui ne possède pas de modèle structurel pour expliquer la distribution géographique des pratiques viticoles (encépagement y compris) tel que nous l’observons aujourd’hui ne me semble pas en étant de répondre de manière satisfaisante à ce qui sera dans le futur. Sauf à tomber dans un naturalisme extrémiste comme beaucoup de nos amis écologistes.
Photos CC : - verre de vin rouge, perlude ; - vignobles de la vallée du Rhône.
Solv
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